2011-08-23

Regard et vision

Clément Laberge souligne l'importance d'avoir un regard personnel en politique :
« Si on accepte, comme citoyens, de se faire imposer ces récits savamment construits, et les grilles d’analyse qui les accompagnent — celles des Conservateurs, mais pas seulement — on se condamne à adopter un comportement de réaction aux actions programmées par les politiciens. Nous deviendrons des personnages dans leur histoire. Alors que la démocratie voudrait que ce soit eux qui s’inscrivent dans notre histoire et qui coordonnent leurs actions en fonction de notre conception du monde. Il est urgent de reconquérir notre regard — par tous les moyens. »
Il serait plus juste, à mon avis, de parler de vision politique dans ce contexte. Jack Layton, par exemple, nous propose une vision politique inspirante dans sa lettre posthume (pdf).



Le regard est quelque chose de beaucoup plus personnel et intime. De plus physique, de plus humain. Il est à la fois expressif et communicatif. Et j'ai l'occasion d'en mesurer très concrètement l'importance ces jours-ci dans le milieu hospitalier. Un milieu où le regard peut faire toute la différence dans le processus de guérison. Médecins, infirmiers ou préposés, chaque intervenant se distingue d'abord et avant tout par son regard. Regard, disons-le, parfois indifférent, fuyant ou froid; mais le plus souvent, heureusement, vif et compatissant, reflet d'un souci sincère d'atténuer la souffrance, de la rendre plus supportable...



Parlant de vision politique, Gilles Beauchamp y va de son hypothèse -- que je souligne en gras -- pour en expliquer l'absence dans les programmes de la plupart des partis politiques :
« Incidemment, le blogueur Jean-François Lisée poursuit sa publications d’extraits de son bouquin « Imaginer l’après-crise ». De nombreuses pistes de solutions politiques sont suggérées, allant de changements à la fiscalité internationale (disparition des paradis fiscaux, imposition du prix écologique…) à de nouvelles règles de responsabilisation des corporations.
Mais pourquoi de telles bonnes idées ne sont-elles pas sur le programme de tous les partis politiques de la planète ? Parce que les partis politiques nationaux (ou provinciaux) gèrent la passivité ou l’inconscience des populations beaucoup plus qu’ils ne mobilisent l’action ou la conscience de leurs commettants. Parce que les « populations » sont composées d’hommes et de femmes aux horizons plutôt restreints : trouver un emploi, prendre sa retraite, payer sa maison ou encore l’éducation de ses enfants… quand ce n’est pas la prochaine épicerie. »

2011-06-26

Agir, parler, écouter...

En lisant ce billet de Michele Martin, j'ai allumé.

« Agir en toute liberté », clame un récent slogan politique. Agir en toute liberté dans un parti politique? Est-ce vraiment possible?

« Action is purpose-driven and strategic. It is based on knowing where you want to go and acting in an intentional manner that gets you there. There is a sense of discipline in it because it is grounded in vision and alignment with your goals. »

« Activity is something else. It is the illusion of action without the driver of purpose or the discipline that's grounded in vision. It is action without strategy. »

[...]

« This distinction between action and activity is important for professional development because we can become consumed with activity--more useless acts with no connection to our real goals or purpose--and then wonder why we aren't really getting anywhere. We aren't getting anywhere because we are moving for the sake of moving, rather than looking at engaging purposefully so that we're taking real action. »


Je me suis alors rappelé ce billet de Clément Laberge où il s'engage comme souverainiste à « mettre l'épaule à la roue pour que les choses changent » :
« En revenant de Montréal, j’ai eu envie de redire à mes enfants que la démocratie ce n’est pas le spectacle désolant que nous offrent certains politiciens. La démocratie c’est surtout ce qu’on fait tous les jours, dans nos familles et dans nos milieux de travail, en parlant avec conviction de ce à quoi on croit et quand on se relève les manches pour le voir se réaliser. »
Dans un billet plus récent, il nuance cependant ce 'parler avec conviction' :
« Mais surtout parler autrement, et écouter différemment. Écouter pour comprendre plutôt que pour réagir. Parler pour proposer plutôt que pour critiquer. [...] Il faut s’interdire de critiquer sans proposer du même souffle une idée complémentaire ou une alternative. »


Pendant que Clément Laberge « met l'épaule à la roue » souverainiste, pour Mario Asselin, c'est le « début d'une aventure en politique active et militante » avec la Coalition et il entend agir en toute liberté (si je décode bien ses propos) :
« J’ai accepté de donner un coup de main à la Coalition et je ne le ferai pas du bout des doigts. Je compte m’impliquer activement… En même temps, c’est un peu/beaucoup M. Legault qui décidera du niveau de mes engagements futurs. Je lui ai fait part de ma volonté de contribuer tout en conservant ma 'condition' d’électron libre (dans le sens que je ne me cherche pas une nouvelle 'job', nécessairement. Pour paraphraser quelqu’un qui passe souvent sur ce blogue, "je veux bien servir en politique pour faire avancer l’éducation (dans un projet de société), mais je demeure vigilant à ce qu’on ne se serve pas de l’éducation pour faire de la politique". »
Deux blogueurs pédagogues invétérés devenus entrepreneurs qui sautent dans l'action politique en choisissant des voies différentes... Au moment où le Québec est en quête de renouvellement, c'est prometteur. Pourront-ils continuer à agir en toute liberté? À faire de l'action politique autrement? Tout un défi; mais qu'ils sont capables de relever. À suivre...

2009-11-01

L'école québécoise : aujourd'hui comme hier...

Il se passe quelque chose de tragique dans l'école québécoise (tragique au sens littéraire de « propre à une situation conflictuelle, dramatique, douloureuse, dans laquelle une personne est prise comme dans un piège dont elle ne peut s'échapper » (TLF). Pour avoir moi-même vécu l'expérience de l'enseignement 'dans une autre vie' -- à l'époque où les décrets tenaient lieu de convention collective et où la critique était automatiquement associée à de la subversion --, croyez-moi, cette tragédie ne date pas d'hier! Mais je sens que quelque chose de profond est en train de changer : c'est qu'on en parle beaucoup plus ouvertement, à visière plus ou moins découverte certes, mais on en parle... Et on peut, semble-t-il enfin, se dire 'les vraies affaires' sans craindre les représailles!

« Dubet se plait à souligner aussi combien le monde scolaire est un monde théologique et sacralisé. S’il s’est largement construit en opposition au monde théologique, il en a adopté les mêmes formes de transmission des connaissances. Ce registre de sacralité républicaine est l’une des raisons pour lesquelles les réformes ne se font pas. Le malaise actuel de l’école vient en premier lieu d’un malentendu : le « collège unique » a été voulu comme un collège de masse mais avec une culture élitiste. Il y a là une tension qu’il est très difficile de résoudre. [...] Pour les élèves, « l’égalité des chances » tant prônée et valorisée a quelque chose de darwinien et d’impitoyable. Elle suppose en effet des vainqueurs et des vaincus. L’auteur rappelle que les mouvements ouvriers ne réclamaient pas l’égalité des chances mais qu’ils demandaient une amélioration de leur conditions.

« Selon Dubet, Il faut maintenant déscolariser la société. Nous vivons dans une société qui a mis trop de charges sur l’école. Il se produit un emballement, inutile et vain, de la demande scolaire. Le fait que 100 000 élèves quittent le système sans qualification n’est pas dramatique en soit. Ce qui l’est, c’est qu’ils se trouvent, du fait de cette absence de qualification, déclassés, mis en marge de la société Plus largement, c’est à l’emboitement des deux systèmes, social et scolaire, qu’il faut réfléchir. »

Stéphanie Demers, citant un entretien de François Dubet, sociologue français


« [...] il convient d’envisager toutes les solutions qui pourront contribuer à briser l’isolement dont souffre trop d’intervenants dans le monde scolaire. Raconter ce qui nous occupe, c’est bien, mais comme le dit Seth [Godin], il faut aussi apprendre à mieux s’interconnecter pour augmenter nos échanges et s’engager à fond dans les changements à faire. La troisième étape qui nous attend consistera en la création d’effets de levier qui permettront d’impliquer les gens de l’extérieur de notre domaine. J’aime bien ce résumé des principes de l’auteur de Tribes.

« Pour le moment, nous n’en sommes probablement qu’à l’étape de l’interconnexion entre les membres de la «masse critique» dont parlait Martin Bélanger. Il faut augmenter le nombre de ces personnes qui n’ont pas besoin d’avoir tout en commun, mais qui croient aux vertus de l’échange et du partage en plus de refuser le statu quo et la nostalgie de l’école où tout le monde doit apprendre les mêmes choses en même temps à la même vitesse. De fait, nous n’avons pas besoin d’être des milliers avant de pouvoir provoquer les changements escomptés pour se «guérir» de l’école d’hier qui créé trop souvent le décrochage d’aujourd’hui. Il nous faut seulement mieux s’organiser et se regrouper avec des réseaux constitués d’éducateurs qui utilisent les moyens modernes de communiquer. Les actions futures doivent-ils passer par les associations professionnelles, les syndicats, les représentants des divers acteurs de l’école (parents, cadres, etc.) ou les politiciens? Probablement… mais il faudra peut-être accepter de ne plus attendre après ces groupes dont l’inertie des uns explique peut-être l’inertie des autres.

Mario Asselin


« Tous les enseignants vous le diront : la réforme est morte. J’étais de ceux qui y croyaient et qui y croient encore, pourtant. Il me faut toutefois admettre que les bonzes de l’évaluation du MELS ont vaincu les “trippeux” de pédagogie.

Martin Bélanger

« Pour l’enseignant réflexif que je suis, la réforme scolaire, c’était le grand changement appréhendé. La réforme, ça demande des profs qui se mettent les “tripes” sur la table et qui sont prêts, au besoin, à faire table rase au nom de leurs grands idéaux pédagogiques. Ça requiert des profs sûrs d’eux, qui prennent des risques, qui sortent volontiers de leur zone de confort, qui acceptent de discuter de leurs certitudes, qui partent du principe que tout peut être remis en question. Ça prend des profs qui, au lieu de suivre un chemin asphalté et bien balisé, décident de créer le chemin au gré de leurs explorations.

« C’est précisément pour cela que la réforme a échoué : la masse critique de ceux qui sont prêts à “refaire le monde” de la pédagogie est trop petite. Elle s’est laissé noyer dans la majorité qui veut rester dans ce qui la réconforte : ses notes de 0 à 100%, ses tests d’évaluation de connaissances, ses moyennes de groupe, ses pondérations. Une p’tite dictée avec ça?

Martin Bélanger

« Nombreux sont les passionnés qui souhaitent la création d’une école adaptée à notre ère, notre réalité. Le réseautage et la collaboration permettront probablement sa création.
Alexandre Riopel, en commentaire au billet précédemment cité


« [...] j’ai observé depuis toujours que ceux qui réussissaient le plus à l’école primaire et secondaire étaient ceux qui avaient le plus intégré dans leurs attitudes et leur comportement cette valeur. Plus tu te conformes en classe, plus tu écoutes, plus tu suis les consignes, plus tu gardes les rangs, plus tu agis en conformité avec ce qu’on attend de toi… plus tu as de bonnes notes et mieux tu es perçu par "le système". Moins tu t’affirmes, moins tu déranges, moins souvent tu t’éloignes de la ligne droite tracée devant toi, mieux "tu performes" dans ce système.

« Pourtant, en dehors de l’école, sur le marché du travail, dans les arts ou les sports, en famille, "se conformer" en prenant le moins d’initiatives possible n’est absolument pas utile. En société, agir sans trop de discernement, "comme tout le monde", ça peut même te mettre en danger!

« On veut former des gens autonomes et responsables pour le collégial et l’université, sans leur montrer comment s’affirmer. D’ailleurs, quand ils osent s’avancer avec un point de vue divergent, ils en paient souvent le prix par le reproche ou l’exclusion.

« [...] j’en ai marre de ce système qui survalorise un comportement nuisible en société quand vient le temps de s’adapter. Trop de nos leaders sont de ceux qui ont refusé de rentrer dans les rangs… voire, ont décroché de ce système. Ne l’a-t-on pas remarqué?

Mario Asselin

« L'école est faite et menée par des gens qui n'en sont jamais sortis. On s'est organisé pour que ce soit comme ça. Nous y sommes entrés, enfants, et y sommes restés, toujours. Conformistes? Institutionnalisés, plutôt. Résister, c'est dans la nature profonde de l'école. C'est quasiment un mandat social: protéger l'institution. On est dans un univers, l'univers scolaire, où le meilleur c'est toujours avant qu'il est arrivé, c'est toujours hier que ça se passait. Chaque fois que tu parles de changer des choses, changer l'école, c'est comme si t'arrachais à la population des pans complets de ses archives personnelles: l'école telle qu'ils s'en souviennent. Le bon vieux temps. La grosse soupe originelle où on s'est tous construits et de laquelle on s'est extirpé pour aller peupler la terre. Un rite de passage. Y'en a qui fuient l'école publique, dans la mesure où ils en ont les moyens, parce qu'ils la trouvent trop perméables aux changements et aux modes. Ils préfèrent l'école privée qui fait l'apologie de ses traditions séculaires, de ses costumes, de son encadrement strict. Conformiste l'école? C'est à la limite du pléonasme. Comment pourrait-elle ne pas l'être, c'est ce à quoi on s'attend d'elle.
Marc Saint-Pierre, en commentaire au billet précédemment cité


(En réponse à la question : « Pourquoi une technologie qui offre une vraie dynamique devrait-elle avoir un coût inférieur ? »)

« Pour qu'il y ait apprentissage, il faut que l'élève soit actif dans la construction de son savoir. C'est pure illusion que de croire qu'un élève apprend en restant assis 50 minutes à écouter un prof (avec TBI ou non) déblatérer sa matière. Cette technique n'est utile que si on veut gaver les élèves de connaissances qu'ils régurgiteront quelques jours plus tard dans un examen. Il n'est pas nécessaire que chaque élève ait son ordinateur portable. Cependant, si cet élève a besoin d'utiliser un ordinateur, ce dernier doit être immédiatement accessible.

« Quelques exemples.
« Un élève écrit un texte. Alors, IL DOIT être en mesure d'ouvrir un ordinateur, d'utiliser un texteur (en mode local ou Internet), d'ouvrir son correcteur orthographique, d'ouvrir DES dictionnaires, d'accéder à l'Internet pour y faire des recherches sur des mots, des phrases, des idées, etc.
« On demande aux élèves de travailler en équipe sur un projet. Ces élèves DOIVENT avoir accès à des ordinateurs pour plusieurs étapes du projet :
- Remue-méninges avec un mind-mapping, par exemple.
- Structuration des idées et construction du plan (plusieurs logiciels sont d'une grande aide pour ce faire)
- Partage des idées (via un wiki par exemple ou un Google document)
- Écriture (wiki, texte partageable synchrone et asynchrone, outil de correction grammaticale, logiciel de graphisme, etc.)
... et j'en oublie.

« Le rôle du prof dans tout cela ? Laisser les élèves travailler !!! Les guider, leur faire prendre conscience de leurs avancées, de leurs difficultés, de leurs forces, de leurs défis. Auparavant, il était important que l'enseignant sache ce que l'élève apprend. Aujourd'hui, il est plus important que ce soit l'élève qui sache ce qu'il apprend et ce qu'il lui reste à apprendre !!!

Gilles Jobin


2009-06-27

Pour un Canada plus authentique

Dave Pollard ne cesse de réfléchir sur How to save the World. À la veille du premier juillet, sa réflexion, inspirée par John Ralston Saul et Hugh Brody, pourrait s'intituler How to save the Canada. Je partage cette vision d'un Canada authentique qui reviendrait à ses valeurs indigènes; cette vision demeurera cependant utopique tant que le Canada anglais gardera sa mentalité de conquérant (lire mon commentaire et la réponse de Dave Pollard à ce sujet) : pour être encore plus authentique, cette vision du Canada devrait également inclure les 'valeurs fondatrices' dont il a été beaucoup question lors de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (Commission Bouchard-Taylor).

« [...] this country could be great, and its people could be models for the rest of the world at a time when sustainable, responsible, humble models are so desperately needed.

Author (and spouse of the former governer-general) John Ralston Saul explained in a TVO podcast last month why our legacy offers us some clues of how we could be great. Highlights:
  • [Citing First Nations playwright Tomson Highway] "Language is given form by mythology." Highway believes English is the language of the head, French the language of the heart, and indigenous languages are those of the body, the instinct and the senses. Today 45 of 53 indigenous languages spoken in Canada are disappearing, taking with them the original, and in Saul's view the authentic mythology of this country. In the absence of an authentic mythology and native language we are not a nation, and we cannot address the unique problems and imaginative possibilities this land presents.
  • We are, in fact, one of the few affluent countries in the world that are not monolithic, rational nation-states. By default, we are therefore a civilization of minorities (he did not use the word 'tribes' but that's what came to my mind as I listened). That is not a bad thing, but it requires us to stop following the US/European models and create our own. To create that model, we need to stop wasting the time of the leaders of Canada's 1.2 million aboriginal people in land claim disputes and allow them to guide us. The shared collective unconscious of our land is buried in their languages and we need them to interpret it for us.
  • Despite ruthless and persistent efforts to get Canadians to embrace Anglo-American myths and values, many of the indigenous values remain strong in Canada, for pragmatic and physical reasons. They comprise the unconscious Canadian mythology, which is very different from that of the US and UK (and often really annoys Americans and British people who do not understand or appreciate its subtleties). Elements include:
    1. an appreciation and respect for complexity and ambiguity
    2. a patience to discuss, debate and negotiate as often and as long as it takes
    3. a willingness to allow truth and knowledge and consensus to emerge
    4. an aversion to cultural coercion and monoculture (the melting pot)
    5. recognition of the importance of striking the balance between individual and collective rights and interests
    6. a preference for adaptation over imposing will, as a strategy for dealing with change
    7. a preference for egalitarian, flat structures over hierarchy and rank
What would a nation that accepted this as its authentic mythology be like?

A few years ago I wrote about Hugh Brody's book, The Other Side of Eden, an anthropological study of indigenous peoples, and it contained some clues. If our nation adopted an authentic indigenous mythology, and accepted this as our innate culture, in addition to entrenching the seven elements Saul notes above, we would:
  1. learn by doing, by experimenting, by practice, not by being told what to do by bosses, experts, 'leaders' or parents
  2. abhor dishonesty and revere candid and complete sharing of knowledge
  3. adapt to the land and physical reality of living here, rather than changing it
  4. appreciate that we belong to the land, not the other way around, and conserve it and steward it for future generations and all-life-on-Earth
  5. learn and adopt useful terms from all native languages
  6. embrace an oral culture, including learning when to speak, when and how to listen
  7. become master story-tellers
  8. learn the arts of analogy and inductive reasoning
  9. respect all forms of life as sacred
  10. appreciate the value of facilitation, consensus and conflict resolution
  11. leave it up to individuals to act responsibly after a discussion (rather than setting out an explicit 'who will do what by when' follow-up action list) -- this would revolutionize how meetings occur
  12. listen to experts' stories, but discourage them from proffering unsolicited instruction, advice or opinions -- let the story convey the wisdom
  13. trust our instincts and our subconscious to guide us as much as our intellects
  14. be generous with our possessions, to encourage reciprocality and engender trust
  15. respect women as full equals
  16. acknowledge and respect uncertainty, unpredictability, qualification, nuance and imprecision, and resist oversimplification, false certainty and false dichotomy
  17. encourage and enable the development of self-esteem, self-confidence and self-sufficiency
  18. stress the importance of strong, autonomous communities
These 25 qualities are already somewhat recognizable in the national character of Canadians. It's almost as if we can't help ourselves, as if this is just part of the way we are. For nearly two centuries we have sublimated and denied these characteristics, but they are still part of us, instinctive, coded somehow in our DNA. While a minority of my readers are Canadian, I find that when I talk about these qualities they seem to resonate much more strongly with Canadian readers than most others.

I am no longer idealistic enough to advocate the systematic breaking up of Canada into small self-selected communities; in a globalized world that's no longer feasible. But there are ways in which this national character, this authentic mythology of our nation might be institutionalized:
  • We could teach it in schools, as an integral part of Canadian history: This is who we are and what makes us different from people of other nations.
  • We could celebrate it during Canada Day, since right now what we celebrate on that day is dubious (the confederation of our country according to Anglo-American principles, ignoring the legitimacy and primacy of the First Nations who already lived here)
  • We could legitimize Canada's indigenous languages and work to protect and extend them
  • We could abolish the useless Canadian Senate and replace it with a self-selected council of aboriginal leaders whose views on all matters of public policy and cultural development would be actively sought and listened to
  • We could strive in all our activities to become and be seen as the world's most accomplished and articulate story-tellers
  • We could teach and encourage entrepreneurial business skills and formation, to make our society and economy more resilient and less dependent
  • We could devolve power and authority as much as practical, not to massive provincial, regional and city governments, but to local self-governing communities, and give these communities as much autonomy as they can reasonably handle
Instead of dysfunctionally trying to make our country in the image of others, we could just allow our nation to evolve to be what it is intended to be. And we could stop pretending to be what we are not, and instead become models for the rest of the world: masters of complexity, subtlety, adaptation, story and attentiveness to what we know, without the need for laws, governments or rhetoric, to be right. »

David Pollard, What Canada could be

2009-04-16

Partager ce que nous sommes

Bloguer, c'est partager. C'est partager ce que nous sommes. C'est aussi partager ce qui nous inspire à être ou nous a inspiré à devenir ce que nous sommes.

Inspiré par Mario Asselin, lui-même inspiré par Jeff Utecht, qui lui, avait été inspiré par Renny Gleeson, qui lui...


Le plus grand défi, c'est d'être jour après jour personne d'autre que soi-même :

A poet is somebody who feels, and who expresses his feelings through words. This may sound easy, but it isn't. A lot of people think or believe or know they feel -- but that's thinking or believing or knowing; not feeling. And poetry is feeling -- not knowing or believing or thinking.

Almost anybody can learn to think or believe or know, but not a single human being can be taught to feel. Why? Because whenever you think or you believe or you know, you're a lot of other people: but the moment you feel, you're nobody-but-yourself.

To be nobody-but-yourself -- in a world which is doing its best, night and day, to make you everybody-else -- means to fight the hardest battle which any human being can fight; and never stop fighting.

E.E. Cummings, cité par Dave Pollard

2009-03-30

La culture citoyenne

« La culture est menacée. La culture québécoise est menacée. Il y a une sorte de guerre qui a été déclarée contre cette culture. (...) Quand je dis que la culture est menacée, ce n'est pas la culture comme une rubrique de journal -- c'est-à-dire que ce n'est pas juste les artistes, les travailleurs de la culture qui sont menacés (on est à Radio-Canada qui est menacée; solidarité à tous les artisans de Radio-Canada aujourd'hui!) --, c'est une menace contre la culture comme expression citoyenne, c'est la culture citoyenne qui est menacée parce que le pouvoir politique aujourd'hui au fédéral est contre tout ce que le Québec représente comme société progressiste. Et je suis persuadé que ce n'est pas en nous divisant, en allant chercher quelques petites concessions par ci et par là que nous allons protéger cet acquis extraordinaire du Québec collectif; c'est en créant un mouvement qui se défait de cet obscurantisme qui règne à Ottawa. Je voudrais terminer avec une phrase (que j'ai copiée à quelqu'un) qui est très pertinente : "La culture, dans le sens le plus large, est comme un parachute : quand on n'en a pas, on s'écrase." »

Patricio Henriquez, au Gala des Jutra. Récipiendaire du Prix du meilleur documentaire pour son plus récent film Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture

« Si j’étais toujours enseignant, je m’empresserais de coller ce texte sur la porte de mon local, pour qu’il serve sans cesse de rappel aux élèves:
    La culture est quelque chose de dynamique — vous en faites partie — vous disposez de moyens de communication extraordinaires — servez-vous-en! — communiquez avec les gens qui s’adressent à vous, à travers les médias, les livres ou autrement, quels qu’ils soient — interpellez votre entourage— posez-leur des questions — demandez qu’on vous explique — donnez votre opinion.
Je crois que c’est seulement de cette façon que les technologies du numérique — et que la culture, dans un environnement numérique — pourront devenir des outils de liberté et de solidarité; et non pas seulement de nouveaux vecteurs de la société de consommation. »

Clément Laberge

« [Important] questions are not only the key to great research, they are key to all sorts of doors that, in our world of imaginative poverty, would otherwise remain closed, unexamined. [...]

Great questions are opening, not narrowing. They smash dichotomies rather than funneling people into them. Great questions are an invitation to great conversation. Many great questions start with "What if...?" And, perhaps most important, great questions tap into things that people care about. Great questions + passion = a recipe for moving forward, energetically and enthusiastically. [...]

What's holding you back from doing what you want to do, intend to do, love doing? What important question could you ask yourself about that challenge that might change everything?

Want to save the world, and yourself? Start by asking the right, smart, creative, provocative, important questions. »

Dave Pollard

2009-01-20

The time has come...

Aujourd'hui, je me suis senti Américain... God, peace, history, nation, people, ideals, generation, children, challenges, freedom, spirit, citizenship, liberty, new age, new life, new jobs, new foundation for growth, new threats, new era of peace, new way, new challenges, new instruments, new era of responsibility... J'aurais tellement le goût d'entendre ces mots en français.

Barack Obama Inaugural Address (Video)
January 20th, 2009 at the Lincoln Memorial, Washington DC.

“My fellow citizens:

I stand here today humbled by the task before us, grateful for the trust you have bestowed, mindful of the sacrifices borne by our ancestors. I thank President Bush for his service to our nation, as well as the generosity and cooperation he has shown throughout this transition.

Forty-four Americans have now taken the presidential oath. The words have been spoken during rising tides of prosperity and the still waters of peace. Yet, every so often the oath is taken amidst gathering clouds and raging storms. At these moments, America has carried on not simply because of the skill or vision of those in high office, but because We the People have remained faithful to the ideals of our forbearers, and true to our founding documents.

So it has been. So it must be with this generation of Americans.

That we are in the midst of crisis is now well understood. Our nation is at war, against a far-reaching network of violence and hatred. Our economy is badly weakened, a consequence of greed and irresponsibility on the part of some, but also our collective failure to make hard choices and prepare the nation for a new age. Homes have been lost; jobs shed; businesses shuttered. Our health care is too costly; our schools fail too many; and each day brings further evidence that the ways we use energy strengthen our adversaries and threaten our planet.

These are the indicators of crisis, subject to data and statistics. Less measurable but no less profound is a sapping of confidence across our land - a nagging fear that America’s decline is inevitable, and that the next generation must lower its sights.

Today I say to you that the challenges we face are real. They are serious and they are many. They will not be met easily or in a short span of time. But know this, America - they will be met. On this day, we gather because we have chosen hope over fear, unity of purpose over conflict and discord.

On this day, we come to proclaim an end to the petty grievances and false promises, the recriminations and worn out dogmas, that for far too long have strangled our politics.

We remain a young nation, but in the words of Scripture, "the time has come to set aside childish things. The time has come to reaffirm our enduring spirit; to choose our better history; to carry forward that precious gift, that noble idea, passed on from generation to generation: the God-given promise that all are equal, all are free, and all deserve a chance to pursue their full measure of happiness."

In reaffirming the greatness of our nation, we understand that greatness is never a given. It must be earned. Our journey has never been one of short-cuts or settling for less. It has not been the path for the faint-hearted - for those who prefer leisure over work, or seek only the pleasures of riches and fame. Rather, it has been the risk-takers, the doers, the makers of things - some celebrated but more often men and women obscure in their labor, who have carried us up the long, rugged path towards prosperity and freedom.

For us, they packed up their few worldly possessions and traveled across oceans in search of a new life.

For us, they toiled in sweatshops and settled the West; endured the lash of the whip and plowed the hard earth.

For us, they fought and died, in places like Concord and Gettysburg; Normandy and Khe Sahn. Time and again these men and women struggled and sacrificed and worked till their hands were raw so that we might live a better life. They saw America as bigger than the sum of our individual ambitions; greater than all the differences of birth or wealth or faction.

This is the journey we continue today. We remain the most prosperous, powerful nation on Earth. Our workers are no less productive than when this crisis began. Our minds are no less inventive, our goods and services no less needed than they were last week or last month or last year. Our capacity remains undiminished. But our time of standing pat, of protecting narrow interests and putting off unpleasant decisions - that time has surely passed. Starting today, we must pick ourselves up, dust ourselves off, and begin again the work of remaking America.

For everywhere we look, there is work to be done. The state of the economy calls for action, bold and swift, and we will act - not only to create new jobs, but to lay a new foundation for growth. We will build the roads and bridges, the electric grids and digital lines that feed our commerce and bind us together. We will restore science to its rightful place, and wield technology’s wonders to raise health care’s quality and lower its cost. We will harness the sun and the winds and the soil to fuel our cars and run our factories. And we will transform our schools and colleges and universities to meet the demands of a new age. All this we can do. And all this we will do.

Now, there are some who question the scale of our ambitions - who suggest that our system cannot tolerate too many big plans. Their memories are short. For they have forgotten what this country has already done; what free men and women can achieve when imagination is joined to common purpose, and necessity to courage.

What the cynics fail to understand is that the ground has shifted beneath them - that the stale political arguments that have consumed us for so long no longer apply. The question we ask today is not whether our government is too big or too small, but whether it works - whether it helps families find jobs at a decent wage, care they can afford, a retirement that is dignified. Where the answer is yes, we intend to move forward. Where the answer is no, programs will end. And those of us who manage the public’s dollars will be held to account - to spend wisely, reform bad habits, and do our business in the light of day - because only then can we restore the vital trust between a people and their government.

Nor is the question before us whether the market is a force for good or ill. Its power to generate wealth and expand freedom is unmatched, but this crisis has reminded us that without a watchful eye, the market can spin out of control - and that a nation cannot prosper long when it favors only the prosperous. The success of our economy has always depended not just on the size of our Gross Domestic Product, but on the reach of our prosperity; on our ability to extend opportunity to every willing heart - not out of charity, but because it is the surest route to our common good.

As for our common defense, we reject as false the choice between our safety and our ideals. Our Founding Fathers, faced with perils we can scarcely imagine, drafted a charter to assure the rule of law and the rights of man, a charter expanded by the blood of generations. Those ideals still light the world, and we will not give them up for expedience’s sake. And so to all other peoples and governments who are watching today, from the grandest capitals to the small village where my father was born: know that America is a friend of each nation and every man, woman, and child who seeks a future of peace and dignity, and that we are ready to lead once more.

Recall that earlier generations faced down fascism and communism not just with missiles and tanks, but with sturdy alliances and enduring convictions. They understood that our power alone cannot protect us, nor does it entitle us to do as we please. Instead, they knew that our power grows through its prudent use; our security emanates from the justness of our cause, the force of our example, the tempering qualities of humility and restraint.

We are the keepers of this legacy. Guided by these principles once more, we can meet those new threats that demand even greater effort - even greater cooperation and understanding between nations. We will begin to responsibly leave Iraq to its people, and forge a hard-earned peace in Afghanistan. With old friends and former foes, we will work tirelessly to lessen the nuclear threat, and roll back the specter of a warming planet. We will not apologize for our way of life, nor will we waver in its defense, and for those who seek to advance their aims by inducing terror and slaughtering innocents, we say to you now that our spirit is stronger and cannot be broken; you cannot outlast us, and we will defeat you.

For we know that our patchwork heritage is a strength, not a weakness. We are a nation of Christians and Muslims, Jews and Hindus - and non-believers. We are shaped by every language and culture, drawn from every end of this Earth; and because we have tasted the bitter swill of civil war and segregation, and emerged from that dark chapter stronger and more united, we cannot help but believe that the old hatreds shall someday pass; that the lines of tribe shall soon dissolve; that as the world grows smaller, our common humanity shall reveal itself; and that America must play its role in ushering in a new era of peace.

To the Muslim world, we seek a new way forward, based on mutual interest and mutual respect.

To those leaders around the globe who seek to sow conflict, or blame their society’s ills on the West - know that your people will judge you on what you can build, not what you destroy. To those who cling to power through corruption and deceit and the silencing of dissent, know that you are on the wrong side of history; but that we will extend a hand if you are willing to unclench your fist.

To the people of poor nations, we pledge to work alongside you to make your farms flourish and let clean waters flow; to nourish starved bodies and feed hungry minds. And to those nations like ours that enjoy relative plenty, we say we can no longer afford indifference to suffering outside our borders; nor can we consume the world’s resources without regard to effect. For the world has changed, and we must change with it.

As we consider the road that unfolds before us, we remember with humble gratitude those brave Americans who, at this very hour, patrol far-off deserts and distant mountains. They have something to tell us today, just as the fallen heroes who lie in Arlington whisper through the ages.

We honor them not only because they are guardians of our liberty, but because they embody the spirit of service; a willingness to find meaning in something greater than themselves. And yet, at this moment - a moment that will define a generation - it is precisely this spirit that must inhabit us all.

For as much as government can do and must do, it is ultimately the faith and determination of the American people upon which this nation relies. It is the kindness to take in a stranger when the levees break, the selflessness of workers who would rather cut their hours than see a friend lose their job which sees us through our darkest hours. It is the firefighter’s courage to storm a stairway filled with smoke, but also a parent’s willingness to nurture a child, that finally decides our fate.

Our challenges may be new. The instruments with which we meet them may be new. But those values upon which our success depends - hard work and honesty, courage and fair play, tolerance and curiosity, loyalty and patriotism - these things are old. These things are true. They have been the quiet force of progress throughout our history. What is demanded then is a return to these truths. What is required of us now is a new era of responsibility - a recognition, on the part of every American, that we have duties to ourselves, our nation, and the world, duties that we do not grudgingly accept but rather seize gladly, firm in the knowledge that there is nothing so satisfying to the spirit, so defining of our character, than giving our all to a difficult task.

This is the price and the promise of citizenship.

This is the source of our confidence - the knowledge that God calls on us to shape an uncertain destiny.

This is the meaning of our liberty and our creed - why men and women and children of every race and every faith can join in celebration across this magnificent mall, and why a man whose father less than sixty years ago might not have been served at a local restaurant can now stand before you to take a most sacred oath.

So let us mark this day with remembrance, of who we are and how far we have traveled. In the year of America’s birth, in the coldest of months, a small band of patriots huddled by dying campfires on the shores of an icy river. The capital was abandoned. The enemy was advancing. The snow was stained with blood. At a moment when the outcome of our revolution was most in doubt, the father of our nation ordered these words be read to the people:
“Let it be told to the future world…that in the depth of winter, when nothing but hope and virtue could survive…that the city and the country, alarmed at one common danger, came forth to meet [it].”
America. In the face of our common dangers, in this winter of our hardship, let us remember these timeless words. With hope and virtue, let us brave once more the icy currents, and endure what storms may come. Let it be said by our children’s children that when we were tested we refused to let this journey end, that we did not turn back nor did we falter; and with eyes fixed on the horizon and God’s grace upon us, we carried forth that great gift of freedom and delivered it safely to future generations.

Si Obama pouvait inspirer nos leaders...

Peut-être Obama incarne-t-il le côté immense rêve dont chacun a besoin et qui servira par la suite de moteur à l'action, en vue d'atteindre des buts et des objectifs de société qui influencent tous ses membres.

Dans un monde où le cynisme est croissant face aux politiciens robotisés par des faiseux d'images et des cons-seillers qui tentent de nous vendre des vendeurs de char trop politically correct, il est peut-être temps que surgissent des figures un peu plus légendaires qui font rêver au départ et qui accompagneront avec leadership affirmé le peuple dans sa transformation.

C'est ce que je souhaite qui arrive à nos voisins du Sud, et aussi qui puisse rejaillir sur nous et sur d'autres sociétés, tout en sachant que la diversité doit continuer d'être valorisée (pas de modèle unique avec une seule école de pensée stérilisante par définition !), et ce, par tous et chacun. Et ça, ça vaut pour les Américains, mais aussi pour toute organisation, réseau, société qui se réclame du progrès, de l'avancement et de l'humanité tout court !

Sylvain Bérubé

Belle occasion de se rappeler que c'est à Montréal qu'un premier noir a pu faire carrière dans le baseball professionnel...
En ce 20 janvier 2009, les États-Unis d'Amérique acclameront le premier président noir de leur histoire. Je sais que de nombreux Québécois auraient aimé être à Washington aujourd'hui afin de prendre part à la fête et vivre ce moment historique.

Pour ma part, je tenterai plutôt de payer une visite à la statue de Jackie Robinson, mon héros personnel, celui qui a tracé la route aux Barack Obama, Rosa Parks et Martin Luther King. Vous ne pouvez pas vous tromper, c'est ce modeste bronze situé en face de l'entrée du Stade Olympique de Montréal, celui où l'on voit Jackie tendre la main à deux enfants.

Michel Dumais

2008-12-20

Comment 'la crise' nous touche personnellement

Dans mon blogueviseur et ailleurs sur le Web, on parle peu de la très médiatisée crise économique actuelle. Comme si on voulait l'occulter. La conjurer. Ou simplement l'oublier. C'est pourtant, de mémoire d'homme de soixante-six ans, un événement dont l'importance et la signification risquent d'égaler l'attaque indicible des tours jumelles du World Trade Center, l'invasion sauvage de l'Irak par les Américains, la chute du mur de Berlin et celle de l'URSS... pour ne mentionner que ceux-là. Preuve : les gouvernements paniquent aujourd'hui comme ils l'ont fait au lendemain du 11 septembre 2001 en investissant massivement pour sécuriser le système; cette fois-ci cependant, l'argent public servira à sauver le système financier (dont dépend le système économique qui assure au politique sa stabilité). Mais nous, les contribuables qui n'avons d'autre choix que de payer les pots cassés par ceux à qui nous confions notre sort en toute confiance... En quoi cette crise nous touche-t-elle?

Le sujet a inspiré à Pierre Foglia une de ses chroniques les plus 'songées', La mort, encore. Extraits :
« Si les grands de ce monde, et les petits tout autant, avaient conscience de leur "finitude", s'ils avaient à l'esprit que tout cela va finir, si nous avions tous notre mort imprimée en relief dans notre cerveau, il me semble que, au lieu de s'engueuler pour savoir s'il y aura ou non une vie après, on se dépêcherait de s'organiser pour qu'il y en ait une avant.

« Me semble que tout serait différent si la mort comme issue certaine et scientifique à notre aventure était, en permanence, partie de notre vie. Morbide, vous croyez?

« Me semble au contraire que cela nous ferait le pied plus léger. Plus aventureux. Nous rendrait moins pressés de tout, sauf de plénitude. Moins portés sur la vitesse. Moins portés sur la possession et le pouvoir. Moins dépendants des systèmes. Plus légers, je dis bien. Au moment de prendre de grandes décisions ou d'entrer dans un débat l'écume aux lèvres, en pensant à la mort nous viendrait cette petite formule magique qui chasse la brume et déleste le cerveau de ses idées de plomb: what the fuck?

« [...] Cette crise est liée à notre incapacité de penser en dehors des systèmes. En dehors des formules consacrées comme «expansion durable», qui induit une idée hyper-convenue du progrès. Notre incapacité de penser en dehors de formules comme «une demande suffisante», qui induit l'obligation de la consumante consommation.

« Liée aussi à notre incapacité de penser en dehors de la seule certitude scientifique de notre vie: la mort.

« Je déconne? Disons que j'explore cette liberté, cette légèreté, cette envie de prendre des risques (what the fuck), cette envie d'inventer qu'aiguillonne la certitude de la mort. Cette envie de créer plutôt que de suivre le sillon qui mène de la crise de 1932 à celle des années 80 à celle d'aujourd'hui.

Dave Pollard s'est demandé quels changements (majeurs!) cette crise devrait avoir sur nos comportements individuels, selon les scénarios qui risquent de s'ensuivre :
What's next for the economy?
What Might Happen Next

What You Can Do Now

Deflation (continuous price drops) for manufactured and luxury goods/services, stocks and housing
  • Defer buying such goods
  • Learn to haggle (marchander) -- don't pay list
  • Don't be suckered by "sales" and "limited time offers"
  • Don't be suckered into getting back into the market(s) anytime soon
Inflation (sharp price increases) for staple goods (food, energy) and land; Agricultural crisis in 2009
  • Grow your own, using permaculture
  • Make meals from scratch
  • Invest in solar, wind, geothermal, insulation
  • Practice energy conservation
  • Prepare to spend more of your income on these items
Spike in personal, corporate and government bankruptcies;
Tight, expensive credit for most
  • Pay off debts and avoid new ones
  • Don't buy extended warranties
  • If you must buy, make sure it's durable
Wage deflation (annual pay cuts)
  • All of the above
  • Create your own sustainable Natural Enterprise
  • Invest in know-how (carpentry, home repair, sewing, cooking)
  • Create your own entertainment instead of buying it
  • Learn how to buy used, wisely
Spike in pension plan insolvencies
  • Don't depend on your pension
  • If it's a defined contribution plan, reconsider plans to retire
Health care crisis (increased demand + cuts in funding)
  • Get fit
  • Learn to self-diagnose and (within reason) self-treat
  • Eat healthy
  • Practice preventive medicine
Collapse of Chinese economy
  • Create local markets
  • Pledge to buy local
  • Make your own
Infrastructure failures
  • Learn not to rely on the grid, Internet, or phone system
  • Be prepared to bike or walk if public transport fails
  • Develop carpool networks
  • Figure out how you can work from home even if the utilities are offline
  • Don't live in the suburbs
  • Strengthen your local community networks
Education crisis (cuts in funding)
  • Learn to teach yourself, and unschool your kids
  • Collaborate with community in education programs
Gilles Beauchamp se questionne sur la lucidité dont font preuve nos dirigeants politiques avec leurs solutions à coups de milliards : Quelles infrastructures?
« J’ai peine à avaler ces solutions qui nous incitent à agir vite, maintenant, en jetant des milliers de milliards dans la machine… pour éviter qu’elle ne se bloque… remettant à plus tard les transformations structurelles qu’il faudrait faire ! Pourtant, n’est-ce pas maintenant, alors qu’on est prêt à injecter de telles sommes (qui auraient fait s’étouffer tous les capitalistes il y a quelques mois), qu’il faut en profiter pour amorcer les changements qui étaient, même avant la crise financière, devenus urgents : modes de transport, d’urbanisation, de consommation… Quelle folie ce serait que d’investir le principal de notre marge de manœuvre dans une structure de production désuète…

« Investir dans des infrastructures, oui, mais pas celles d’hier !! Investir dans le transport collectif, la densification urbaine, la formation, les infrastructures de communication et de production énergétique propres… pas dans le pavage des autoroutes et la construction de ponts qui sont des supports à l’étalement urbain et à des comportements dont nous devrions consciemment soutenir la rétraction. »

Dans un autre billet sur le même sujet, il précise :
« ...on ne se surprendra pas que les villes proposent des projets liés à leurs missions : parcs, voies publiques… Mais le développement de places en garderie, de services aux aînés, la formation de techniciens dans des domaines en manque crucial… ce n’est pas ce qu’on entend habituellement par des “infrastructures” mais c’en sont vraiment pour les sociétés d’aujourd’hui. »

« L'éducation bénéficiera-t-elle de la crise économique? » François Guité croit que malgré la réussite du système actuel (!), elle suscitera de nouveaux modèles pédagogiques et des pratiques plus efficientes :

« Il y a de fortes chances pour que cette crise économique précipite le changement en éducation. Et pas seulement aux États-Unis où elle s'annonce plus grave qu’ailleurs. En plus de leur résilience, les Américains ont l'avantage d'avoir un système d'éducation très décentralisé qui se prête bien à l'expérimentation.

« Du besoin et du laboratoire éducationnel ainsi créé naîtront de nouveaux modèles pédagogiques. Peu importe comment le Québec résistera à la crise économique, et malgré la réussite du présent système, elle n'aura d'autre choix que de s'inspirer des pratiques les plus efficientes. »


Pour tenter de comprendre un peu mieux 'le système' qui nous mène en 'va comme je te pousse'... quelques articles du Monde diplomatique :
  • Le jour où Wall Street est devenu socialiste :
    « Les autorités s’inquiètent non sans raison des précédents que crée chacune de leurs interventions et de ce que les banquiers privés pourraient se laisser confortablement aller à la faillite sachant qu’au dernier moment il « faudra » leur sauver la mise, comme on l’a déjà fait pour Bear Stearns et Fannie-Freddie. La morale s’offusque de ces facilités ; on resterait difficilement placide au spectacle de la finance arrogante et enrichie quand tout va bien, se réfugiant dans le giron de la puissance publique, qu’elle traite ordinairement d’aberration soviétoïde, pour quémander protections et exceptions. » (Frédéric Lordon)
  • Penser l'impensable :
    « Pendant trente ans, la moindre idée d’une altération quelconque des fondements de l’ordre libéral afin, par exemple, d’améliorer les conditions d’existence de la majorité de la population s’était pourtant heurtée au même type de réponse : tout ceci est bien archaïque; la mondialisation est notre loi ; les caisses sont vides ; les marchés n’accepteront pas ; savez-vous que le mur de Berlin est tombé ? Et pendant trente ans, la "réforme" s’est faite, mais dans l’autre sens. Celui d’une révolution conservatrice qui livra à la finance des tranches toujours plus épaisses et plus juteuses du bien commun, comme ces services publics privatisés et métamorphosés en machines à cash "créant de la valeur" pour l’actionnaire. Celui d’une libéralisation des échanges qui attaqua les salaires et la protection sociale, contraignant des dizaines de millions de personnes à s’endetter pour préserver leur pouvoir d’achat, à "investir" (en Bourse, dans des assurances) pour garantir leur éducation, parer à la maladie, préparer leur retraite. La déflation salariale et l’érosion des protections sociales ont donc enfanté puis conforté la démesure financière ; créer le risque a encouragé à se garantir contre lui. La bulle spéculative s’est très vite emparée du logement, qu’elle transforma en placement. Sans cesse, elle fut regonflée par l’hélium idéologique de la pensée de marché. Et les mentalités changèrent, plus individualistes, plus calculatrices, moins solidaires. Le krach de 2008 n’est donc pas d’abord technique, amendable par des palliatifs tels que la "moralisation" ou la fin des "abus". C’est tout un système qui est à terre. » (Serge Halimi)
  • Les disqualifiés :
    « A la télévision, à la radio, dans la presse écrite, qui pour commenter l’effondrement du capitalisme financier ? Les mêmes, bien sûr ! Tous, experts, éditorialistes, politiques, qui nous ont bassinés pendant deux décennies à chanter les louanges du système qui est en train de s’écrouler : ils sont là, fidèles au poste, et leur joyeuse farandole ne donne aucun signe d’essoufflement. Tout juste se partagent-ils entre ceux-ci qui, sans le moindre scrupule, ont retourné leur veste et ceux-là qui, un peu assommés par le choc, tentent néanmoins de poursuivre comme ils le peuvent leur route à défendre l’indéfendable au milieu des ruines. » (Frédéric Lordon)
  • La tourmente financière vue d'un paradis fiscal :
    « Mais, quand il s’agit des banques, la règle de l’OCDE ne s’applique plus... Après le renflouement de Citigroup et l’annonce par Washington, le 25 novembre, d’une nouvelle perfusion de 800 milliards de dollars, les sommes mobilisées par les seuls pouvoirs publics américains pour soutenir l’activité ou garantir des actifs avoisinent 8 500 milliards de dollars. Une fraction aboutira sur les comptes d’établissements domiciliés dans des paradis fiscaux. » (Olivier Cyran)

2008-11-25

La revitalisation du Québec doit-elle absolument passer par la souveraineté?

En cette période d'élections, la réflexion politique est une denrée rare. Les médias nous donnent jour après jour l'impression que les trois grands chefs et leurs partis sont en réalité bien petits pour ne pas dire mesquins (promesses mises à part). Leurs intérêts et leur avenir semblent les préoccuper bien plus que l'intérêt et l'avenir de la nation québécoise, du moins si on en croit les médias. Par bonheur, certains blogueurs tiennent un tout autre discours...

« [...] Le « nous » québécois a beaucoup changé. On s’abreuve moins à la sève de la souche et beaucoup de rejetons poussent en dehors d’elle. Donner à la souveraineté la mission de revitaliser la souche c’est la reléguer aux tablettes du folklore alors qu’elle aurait tant à faire aux différents carrefours de notre devenir. C’est décidément sur l’avenir qu’il faut braquer la souveraineté. Elle peut-être un puissant levier pour nous aider à prendre le virage des temps nouveaux.

« La crise financière que nous connaissons révèle l’impuissance du capitalisme sauvage à assurer la prospérité et surtout le partage équitable des richesses. On ne peut plus se contenter de colmater les brèches. Sarkosy l’a dit haut et fort. On voit l’urgence de prendre les virages appropriés avant que tout ne se détraque. Cependant les nations trop engoncées dans les charnières de la révolution industrielle en sont absolument incapables.

« [...] Le renouveau du monde, l’apprivoisement de la mondialisation ne viendra sûrement pas des capitalistes qui sont trop occupés à protéger leurs privilèges pour entendre les cris des défavorisés qui meurent de faim ou pour porter attention aux menaces qui pèsent lourdement sur notre futur collectif.

« La survie viendra de là où on ne l’attend pas. (...) Les virages à prendre : investir à fond dans les nouvelles technologies moins dépendantes des énergies fossiles, développer des modes de gérance qui tablent sur la compétence et les consensus plus que sur les rivalités et l’opposition des partis politiques, faire de l’éducation pour tous le fer de lance qui mobilise les bonnes volontés de toute race et de toute origine à la conquête de nos demain imminents, riches et menaçants, bâtir une économie durable, renouveler avant d’être à l’extrémité nos sources d’énergie et d’approvisionnement, impliquer les régions et les groupes de citoyens de base dans la définition des objectifs et la mise en place des moyens de les atteindre, œuvrer dans et avec la diversité dans l’accueil et le respect des différentes cultures etc.

« Le Québec formé d’une population fort diversifiée, qui a déjà développé des expertises intéressantes en toutes sortes de domaines est en bonne position pour effectuer ce virage.

« Et la souveraineté est probablement un outil indispensable pour enclencher ces renouveaux. Les dernières expériences d’essai de compromission et de collaboration avec le reste du Canada révèlent tant de différences et d'incompatibilité que persister à faire route dans la perspective de la confédération c’est non seulement renier son identité c’est surtout s’handicaper d’un lourd boulet qui risque de compromettre notre survie.

« Alors la souveraineté n’est pas seulement légitime, naturelle, appropriée à notre identité, elle devient un « must » pour réaliser ce que nous voulons comme nation. On ne peut la mettre sous le boisseau parce que le referendum risque de heurter les épidermes sensibles. Il ne faut pas l’attendre non plus pour réaliser notre pays.

« Alors le parti qui s’est donné comme mission de réaliser la souveraineté doit d’abord et sur tous les horizons travailler à réaliser le pays. Prétexter que la confédération canadienne nous empêche de bâtir notre pays, un nouveau pays pour une nouvelle ère de l’humanité c’est couvrir notre inertie d’une très lamentable excuse. C’est un nouveau pays qu’il nous faut bâtir avec une nouvelle donne, de nouvelles gens et de nouvelles visées. La mise au rancart du référendum n’est pas pour les souverainistes une période d’attente mais l’urgence d’une intense activité pour relever le défi pressant qui se dresse devant nous.

« Réaliser le pays ce n’est pas soumettre les différents groupes qui le composent à un groupe majoritaire à ses lois et à sa culture. Réaliser le pays c’est, dans le respect de la diversité des groupes, des ethnies, des régions, des origines, des cultures et des traditions de chacun, unifier les diversités, les centrer vers la poursuite d’objectifs communs. C’est un projet neuf de société qu’il faut d’abord à ce pays. Ce projet c’est une nouvelle nation, un nouveau peuple qui doit le mettre sur les rails. Ce pays commande de nouvelles attitudes, de nouvelles façons de faire, de nouvelles politiques, la mise en place de nouvelles énergies l’émergence de nouvelles valeurs. Une nation de ceintures fléchées ne saurait relever ce défi, prendre ce virage.

« Pour relever ce défi on n’a pas à faire « tabula rasa » de toute notre histoire et de nos traditions. On n’a pas à réinventer les boutons à quatre trous. L’humus québécois germe avec profusion d’initiatives, d’audaces, d’inventions, de sens pratique qui font qu’on est entré de plein pied dans le 21ième siècle. Ce qu’il nous faut c’est un ralliement, une cohésion à cette diversité, un Messie, un Obama qui sache nous donner confiance et fierté comme a su le faire un René Lévesque dans les années 70 mais cette fois non plus dans la maitrise de notre présent mais dans la conquête de notre futur.

« Devant l’impératif du futur : Un gouvernement narcissique et un PQ déboussolé. Et pendant que les signes avant-coureurs des temps nouveaux sollicitent partout notre attention, pendant que les alertes sonnent à tout moment, sur les menaces qui assombrissent le ciel de nos acquis, que font nos gouvernements, comment réagissent nos politiciens?

« Au lieu de mettre sur pied un projet mobilisateur et favoriser la participation de tous on déclenche des élections parce que c’est le bon temps de profiter de la crise pour affermir son pouvoir. On croit ou on laisse croire naïvement que l’image des trois mains sur le volant caractérise le mieux les malaises de notre présente situation. Mais, on vous l’a dit et répété M. Charest, on est en crise. C’est le dynamisme de la corvée qu’il faut insuffler à ce peuple, non l’inertie ou le débat stérile des juridictions et surtout pas les vantardises soufflées de ses réalisations du passé.

« Et pris de court tant par la crise que par le déclenchement inopiné de la campagne électorale, aucun parti n’a de projet à proposer. On se critique, on se crêpe le chignon, on fait des petites guerres plus risibles et moins efficaces que la guerre des boutons, c’est celle des promesses. On étale sur la place publique le spectacle éculé et ridicule de la période des questions à l’Assemblée nationale. Ces pratiques m’insultent, discréditent la politique et les politiciens par ailleurs engagés et courageux et démobilisent beaucoup de bras qui souhaiteraient œuvrer à la construction de la nouvelle nation. Une campagne électorale dont la principale prouesse est d’enfarger l’autre! On mérite mieux que ça de nos élus!

« Dois-je voter sur une dizaine de places de plus ou de moins en garderie, ou sur qui est jugé coupable des ratés du système de santé ou sur la promesse de bulletins chiffrés ou la disparition des commissions scolaires? Pourtant le feu est aux poutres.

« Et le PQ? Pris de court il ne s’est pas encore remis de la dernière débâcle. Il semble encore faire passer la prise du pouvoir avant son article un la mise en œuvre du chantier de la souveraineté. Surtout il n’a pas encore su donner à la souveraineté une réelle plateforme, un projet de société qui mette résolument le cap sur le futur.

« [...] Que sera le Québec de demain? Quel visée déploie-t-on face à la guerre, face aux armements, face à notre insertion dans la communauté des nations, face à l’environnement, face au développement de nos ressources naturelles… En éducation quels objectifs au-delà des bulletins chiffrés devrait-on poursuivre? Préconise-t-on des soins de santé à une ou à deux vitesses? Pourquoi? Etc.

« Au lieu de laisser l’image d’un Québec débordant de ressources, déjà engagé dans le virage et prêt à le compléter on accroit l’impression d’un panier de crabe où tout n’est que rivalité et discorde. Au lieu d’engager la solidarité et de la motiver on la décourage en faisant des lieux publics des arènes de boxe où les victoires se comptent en knock-out au ras du tapis.

« Pourtant dans le pays voisin qu’on juge souvent si rétrograde on a réussi une percée aux dimensions internationales, aurore de paix, profonds et audacieux virages qui mobilisent une bonne partie de la nation américaine. Faut-il encore attendre un Messie, notre Obama pour relancer le Québec dans la foulée d’un René Lévesque faire rêver une ère nouvelle ? Peut-être conviendrait-il de lui paver la voie en tournant déjà nos regards vers l’avenir et en projetant nos ambitions, nos forces et nos rêves plutôt que nos jérémiades sur les carences du passé! »

Florian Jutras

Mais n'est-ce pas là exactement ce qu'essaie de faire, à contre-courant-média, Françoise David et les membres du parti Québec solidaire? Ce parti auquel j'aurais adhéré d'emblée s'il n'était pas réservé aux souverainistes.

2008-11-16

Atomes crochus

Les motivations de nos relations interpersonnelles avec les autres sont complexes. Tellement complexes que c'est un sujet rarement abordé. Dave Pollard, en osant le faire ouvertement, touche quelques cordes sensibles...

« I have often said that we love who we imagine others to be, and not who they really are, because, after all, we can never really know who other people are (my recently-divorced friends in particular tell me this). So it is possible that I am subconsciously exaggerating (or even inventing) the qualities of people who I find lovable, and under-estimating those qualities in people I do not, and imagining wilder creatures to be more complex, present and graceful than they really are. I suspect I am not alone in this, and that while other people's "top 5 desired qualities" lists -- exceptional intelligence, great emotional strength (and self-knowledge), deep emotional sensitivity (and perceptiveness), articulateness (extraordinary ability to communicate or self-express orally, in writing, or non-verbally through art or some other medium), and great imagination (or creativity) -- undoubtedly vary (great bod, good sense of humour, attentiveness, generosity, appreciation and good personal hygiene would probably be on many), most people probably imagine the objects of their affection to be other, and more, than who they really are. How else can we explain the desire of so many women to "improve" their men (make them more who they imagined them to be before they got to know them better), and the propensity of so many men to avoid any meaningful conversation with their partners that might shatter their illusions?

« The lessons for me, I think, are obvious. I need to be more open to the qualities of every human I meet, less judgemental (though I am getting better at this, except when my usually-accurate instincts get in the way), more attentive, and less carried away by my imagination. If I were to do this, I might find almost everyone lovable, and that would certainly make me more appreciative, more positive, more optimistic, better company (for most), and more present. I might possibly learn to be humble, or even graceful. »

Dave Pollard

2008-11-07

L'économie d'abord? Oui? Même au détriment de la vie?

« L'étude étatsunienne* est aussi intéressante parce qu'elle met en relief le rôle que joue le phosphore, cet oligo-élément omniprésent dans les engrais naturels et chimiques que l'agriculture industrielle utilise avec les seules limites qu'imposent les plans de fertilisation gouvernementaux. Or ces plans de fertilisation affichent les mêmes prescriptions qu'on soit sur une terre agricole de Ferme-Neuve, dans les Laurentides, ou dans un bassin en surplus de fertilisants, comme c'est le cas de nos principales rivières à vocation d'égouts agricoles.

« On touche ici un aspect méconnu de la crise des algues bleu-vert que le gouvernement Charest a évitée cet été en privant la population d'information sur l'intensité du problème pendant la saison estivale, sous prétexte d'éviter des paniques inutiles mais surtout pour éviter les projecteurs médiatiques. Que les toxines de ces algues nuisent aux usages de l'eau par les humains, c'est une chose. Mais quand elles portent atteinte à la reproduction des espèces ou provoquent des mutations génétiques, comme dans le cas des amphibiens, on assiste à une réduction importante de notre capital génétique.

« L'incapacité des gouvernements québécois successifs à contingenter l'usage des pesticides en fonction de niveaux de sécurité viables pour les humains et les espèces vivantes ou menacées engendre une hypothèque environnementale qui s'alourdit d'année en année. Nous refilons ainsi une partie de la facture de notre alimentation industrielle à la prochaine génération. Et ce n'est ni la Loi sur le développement durable, ni le projet de loi sur l'eau laissé en plan par le déclenchement des élections, ni même notre Loi sur la qualité de l'environnement vieille de 30 ans qui semblent pouvoir améliorer la situation.

« Quant au Code sur les pesticides, il permet aux agriculteurs de s'en tenir aux prescriptions des manufacturiers de ces molécules chimiques, généralement conçues pour tuer et qu'on dissémine dans l'environnement avec des oeillères qui limitent le champ de vision au seul bilan financier. Ce code servirait-il d'alibi à une contamination croissante de nos cours d'eau et bientôt de plusieurs nappes souterraines, comme l'avait soulevé la commission Beauchamp sur l'eau?

« Voilà des considérations dont on ne risque pas de débattre à fond durant ces élections, les seuls aspects agricoles de cette «campagne» qui s'annonce pas très verte se limitant plus souvent qu'autrement au combat des coqs en chef, dont les exploits quotidiens seront scrutés à la loupe par nos chroniqueurs (sportifs?) entassés dans les poulaillers roulants de chaque parti. »
* « Dans l'édition du 30 octobre de la revue Nature, des scientifiques de plusieurs universités des États-Unis signent une étude qui met en évidence le rôle de l'atrazine dans les infections des amphibiens par les vers trématodes. »
Louis-Gilles Francoeur

2008-11-02

Blogueur, qui es-tu?

Un éditorial de la journaliste Marie-Andrée Chouinard dans lequel, notamment, elle qualifie les blogueurs d'emberlificoteurs a donné lieu à des échanges pour le moins animés pour ne pas dire 'animosités' sur ce qu'il faut bien appeler la rivalité qui existe entre un groupe de journalistes et de blogueurs qui de part et d'autre prennent leur titre au sérieux lorsqu'il s'agit de politique partisane... De tout ce débat, j'ai retenu des éléments qui permettent de mieux définir le blogueur par rapport au journaliste.

« Voici pourquoi je crois que les partis politiques ont raison de favoriser la présence de blogueurs aux côtés des journalistes dans leurs activités partisanes. (...)
  • Les blogueurs «passent» souvent mieux le message que certains journalistes.
  • (...)
  • Les journalistes rapportent des faits, ceux qui font vendre, ceux qui cadrent, parfois, avec la ligne éditoriale du média qu’ils servent. Les blogueurs rapportent parfois les mêmes faits, mais souvent, vont rapporter d’autres faits, plus anecdotiques, plus sujets à l’établissement de conversations spontanées ou en lien avec d’autres sortes de lignes éditoriales.
  • Les journalistes-chroniqueurs ont des opinions, celles qui font vendre, celles qui cadrent, parfois, avec la ligne éditoriale du média qu’ils servent. Les blogueurs ont eux aussi des opinions qui peuvent ajouter/compléter la perspective du journaliste, mais qui peuvent aussi initier une conversation avec l’auditoire du blogue. »
Mario Asselin

« ... ce n'est pas en allant s'abreuver aux mêmes sources que les journalistes que ceux-ci apporteront les nouvelles perspectives qu'on attend d'eux (même quand elles pêchent par une très grande subjectivité). (...) Il faut plutôt se déployer dans la foule, témoigner et rendre compte de ce que les journalistes ne peuvent peut-être pas voir, profiter du nombre, du réseau... de ce qui reste la force des blogues même sur le terrain, même dans un congrès politique. »
Clément Laberge (commentaire 9)

« Faudra qu'on m'explique, un jour, la fierté relative à se faire définir comme un "blogueur". Je préfère grandement rester un citoyen exprimant publiquement mes impressions et opinions bassement subjectives. J'ose croire qu'on ne m'accorde ni la crédibilité, ni l'intérêt accordé à un "journaliste professionnel". J'espère cependant que mes opinions, en tant que citoyens seront, au même titre qu'un éditorialiste, considérée à leur juste valeur, en autant qu'elles soient bien exprimées et suffisamment justifiées. »
Carl-Frédéric De Celles (commentaire 11)

« La société qui était basée sur la sacro-sainte communication unidirectionnelle dogmatique se transforme maintenant en communication multidirectionnelle égalitaire. La période ou seuls le patron, le médecin, le professeur, le politicien ou l’entreprise sait la vérité et a raison, est terminée. Maintenant, tous peuvent être évalués, critiqués ou encensés. Le message est maintenant disponible et généré par tous et l’opinion du beau-frère planétaire est maintenant décisive dans la prise de décision de l’étudiant, patient, client, employé, citoyen. (...) C’est bien triste pour le Conseil de presse du Québec, Le collège des médecins, les différents syndicats et ordres professionnels de tout acabit, mais ils n’ont plus la sacro-sainte vérité et ils devront s’y faire et s’adapter… »
Michelle Leblanc

« ... j’aurai, en général, davantage tendance à croire un(e) journaliste pour au moins 2 raisons: 1) technique, pensant que le blogue est un outil davantage de communication (diantrement efficace) que de réflexion (comme le dit d’ailleurs J. Nielsen que tu critiques) et notamment eu égard au temps généralement utilisé pour écrire sur un tel support. 2) juridique, croyant qu’en l’état actuel des choses, tu peux dire ce que tu veux Michelle dans les limites passablement élastiques de la diffamation notamment alors que ladite journaliste elle est assujettie à un code de conduite, un guide de déontologie certes pas formellement contraignant, mais qui l’oblige notamment à vérifier ses propos et à suivre des processus éditoriaux passablement plus digne de confiance que celui suivi par le commun des blogueurs. »
Vincent Gautrais (commentaire 6)

« Le blogueur peut très bien se prononcer sur son espace sur l’événement du jour, en l’occurrence le congrès. Il peut aussi rapporter la nouvelle à sa manière. Le visiteur de son blogue saura décoder son message pour ce qu’il est. Mais qu’on n’en fasse pas un «journaliste», car son intérêt, sa formation, son intention, n’ont rien à voir peut-être avec ceux du journaliste, qui demeure une vigie et un chien de garde, une courroie de transmission entre l’espace politique et social et la population. Sa manière de rapporter les faits ou de les commenter est d’ailleurs régie par des codes d’éthique et de déontologie qui, s’ils sont respectés, évitent les dérapages. »
Marie-Andrée Chouinard (commentaire 8)

« The blog remained a superficial medium, of course. By superficial, I mean simply that blogging rewards brevity and immediacy. The key to understanding a blog is to realize that it’s a broadcast, not a publication. When readers of my blog bump into me in person, they invariably address me as Andrew. Print readers don’t do that. It’s Mr. Sullivan to them. If all this sounds postmodern, that’s because it is. And blogging suffers from the same flaws as postmodernism: a failure to provide stable truth or a permanent perspective. A traditional writer is valued by readers precisely because they trust him to have thought long and hard about a subject, given it time to evolve in his head, and composed a piece of writing that is worth their time to read at length and to ponder. Bloggers don’t do this and cannot do this—and that limits them far more than it does traditional long-form writing. »
Andrew Sullivan
Cité par Vincent Gautrais (commentaire 10)

« Les journalistes doivent comprendre qu’ils n’ont plus le monopole de la parole. Que la conversation est en route et qu’elle se fera avec ou sans eux. En revanche, il est normal que cette profession souligne les conditions éthiques et déontologiques qui s’imposent à elle et pas aux bloggers — dont je suis également. Ce qui ne veut pas dire que certains bloggers ne s’imposent pas un code éthique similaire à celui des journalistes. Maintenant, ne nous voilons pas la face, code de déontologie ne veut pas dire respect de ce code. Les exemples sont malheureusement quotidiens où les journalistes oublient leurs devoirs éthiques balançant de l’opinion à tout va, utilisant le conditionnel pour sortir des infos non vérifiées, acceptant les cadeaux et les voyages de presse, n’hésitant pas à faire du “product placement” dans leurs articles… sans oublier les erreurs, et parfois même les bidonnages. La déontologie a bon dos quand il s’agit de se payer les bloggers. Une façon de voir la poussière dans l’oeil de l’autre quand on ne voit pas la poutre dans le sien. Maintenant, la blogosphère doit également faire son auto-critique. Et reconnaître que la net éthique ne garantit en rien l’autenticité de l’information ou son non sponsoring par un tiers. Il est important dans une démocratie que le citoyen puisse distinguer facilement une information qui aura été vérifiée, d’une information qui aura été sponsorisée. Il est important de savoir qui parle. La question d’un code de déontologie et d’éthique pour ceux qui font acte d’informer le public reste donc entière ? Maintenant, ce ne sont pas les bloggers qui ont commencé à créer la confusion des genres, ce sont les journalistes eux-mêmes. »
Jeff Mignon (commentaire 11)

« Le point important à se rappeler, les lecteurs ne sont pas cons. Ils savent très bien faire la différence entre un bon blogueur et un blogueur poche, comme ils savent faire la différence entre un bon journaliste et un journaliste poche. Et bien entendu, ils savent faire la différence entre les deux. »
Normand Miron (commentaire 12)

Et ce n'est pas qu'au Québec que la pratique du journalisme à l'ère d'Internet et des blogues fait l'objet d'une remise en question...

« "Are reporters spending more time behind their computer screens, and less in the field, observing, conducting interviews, and gaining first-hand impressions of developments? Are bloggers filling some demand for reporting from the field, or are they simply rewriting other press coverage?" (citant Bill Dunton) Ultra local sites clearly fill in demand for reporting from the field - a demand that will be all the more acute as ‘local’ news retreats to a regional level. Good ultra local sites also counter the romanticism that only journalists can write decent content. »
William Perrin

« The world does not need journalists to communicate the vast majority of information that is defined as news. Most of the news that comes out of media organisations on a daily basis is information that others either WANT people to know or HAVE to admit to. It is just re-written or re-presented in a format that fits that platform. So, instead of journos, the world needs the generators of this information to communicate it better and to allow for redress to what they say. So is there somewhere the paid journalist can fit into all this then? Well, I guess journalists should be doing what they’re supposed to do - find out the information that organisations don’t want people to know. But they can’t do that until they are freed up from the current information processing that they have to do, and that means those that provide information start doing so in formats that are usuable and on a platform that allows redress. »
Joanna Geary via William Perrin