1 sept. 2014

Éducation à l'esclavage?

Intéressant qu'on débatte encore, en 2014, des finalités de l'éducation... Particularité ici : un véritable dialogue intervient entre l'auteur et les lecteurs qui formulent des commentaires. Phénomène rare, même dans Le Devoir en ligne, et pourtant combien enrichissant...
« Un de ces mauvais plis que je constate trop souvent chez plusieurs de mes étudiants lorsqu’ils se présentent à leur premier cours de philosophie est de vouloir ne jauger la réalité qu’à partir du fameux « à quoi ça sert ? ». Parfois en boutade, et avant de m’étendre longuement sur le sujet, il m’arrive de leur demander, pour les faire réfléchir aux enjeux qui se cachent derrière cette question aux allures naïves mais tellement révélatrice de notre façon de percevoir l’éducation et notre société : « Toi, à quoi tu sers ? »

C’est que trop souvent les étudiants, les décideurs et de plus en plus la société en général confondent ce qui relève de l’instruction et ce qui relève de l’éducation. Instruire quelqu’un, c’est lui donner des compétences pour accomplir une tâche ou pour acquérir un métier qui lui permettra de « gagner sa vie », de subvenir à ses besoins primaires. Évidemment, ceci est essentiel pour l’individu et pour la société. L’éducation, elle, s’adresse non pas strictement au futur employé mais à l’être humain dans son intégralité. Elle vise non pas seulement à façonner un outil qui répondra aux exigences du futur employeur, mais plutôt à permettre à l’être humain de s’épanouir sous toutes ses facettes, à mieux saisir et comprendre son époque, la réalité complexe dans laquelle il a été jeté, à développer son esprit critique par rapport à celle-ci, à en comprendre les enjeux et les défis, à prendre position dans les débats de société, à se soucier du sort des autres et de la collectivité : en somme, à être un être humain et un citoyen qui sera en mesure d’user adéquatement de sa raison et de sa liberté. »
Réjean Bergeron, dans Le Devoir du 30 août 2014

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